En 1988, le Faribault  a été le territoire hôte de l’abattage du plus gros orignal récolté à l’arc. Cet orignal exceptionnel fût abattu par monsieur Charles Roy de Cap Chat.  Par la proximité de territoires fauniques protégés (aucune chasse depuis longtemps sur le Parc de la Gaspésie) le territoire Faribault bénéficie d’opportunités intéressantes en terme de gros orignaux qui débordent de ces territoires.

Ce trophée de chasse a délogé tous les records dans le classement Orignal du Canada .

record1
record2

A date ce record du monde n’a pas encore été battu.

Voici l’adresse du site officiel de  » Pope and Young « .

http://www.pope-young.org

Voici le trophée prouvant que Charles possède encore le record mondial

http://www.pope-young.org/world-records_details.asp?wr=26

Le texte qui suit vous donne le récit de cette chasse.  Il a été publié en 1993 dans l’Annuel de chasse du magasine Sentier chasse et pêche.

Récit tiré de l’ANNUEL DE CHASSE 1993         Page 34 – 39

 » La veille de l’ouverture, le 30 septembre, nous quittions Cap-Chat tôt en matinée afin de gagner la pourvoirie Faribault, pays des Géants, située au cœur des monts Chic-Choc. Je suis accompagné de mon père, Roch, anciennement locataire de la pourvoirie, ainsi que feu Gérard Émond. Rendus au camp principal, nous rencontrons, comme à l’accoutumée, les nombreux archers venus se mesurer aux orignaux géants de ce territoire. Les discussions et les échanges animés entre les différents groupes de chasseurs témoignent d’une fébrilité unique que seule une veille d’ouverture de chasse peut communiquer.

 » Le jour de l’ouverture, il fait beau et froid, le vent est faible, bref les conditions sont idéales pour la chasse.  Malgré cela, cette première journée se solde par des heures d’attente au cours desquelles seuls quelques écureuils et corbeaux apportent à la fois espoir et distractions.  En soirée, nous apprenons que deux orignaux ont été récoltés par deux autres groupes de chasseurs, ailleurs sur la pourvoirie.

 » Au terme de cinq jours de chasse au même endroit, nous n’avons encore rien vu.  Nous sommes déçus car la zone dans laquelle nous chassons contient quelques belles bêtes. Mon père, qui agit à titre de  » calleur « , a pourtant reçu plusieurs réponses, mais aucun des orignaux, rassasiées ou méfiants, n’a daigné venir jusqu’à notre cache. La température est très favorable depuis de début de la chasse, peut-être trop ? Il est vrai que devant l’insuccès, on a tendance à tout remettre en question.  Pourtant, sept orignaux ont été récoltés sur la pourvoirie, dont un mâle arborant un panache de 63 pouces (160 cm), et un autre dont le panache atteignait 59 pouces (150 cm).

 » Samedi matin, le 8 Octobre, nous quittons nos sacs de couchage à 5 heures pour constater qu’il y a près de 12 pouces (30 cm) de neige au sol. Notre intuition nous pousse à retourner dans la zone où nous avons chassé à l’ouverture et les jours suivants.  Au cours du trajet, parcouru à pied, jusqu’à nos caches, nous croisons une piste très fraîche, cela ranime en nous l’espoir d’avoir enfin la chance de faire une prise.

 » Nous arrivons à nos miradors peu après 6 heures. Le décor a changé radicalement : les branches des arbres surchargées de neige ploient fortement. Un calme impressionnant règne sur les lieux ; toute cette neige légèrement  » mouillée  » accrochée aux arbres atténue les sons.  Roch exécute un appel qui se veut, du moins me semble-t-il, plus séducteur que les précédents.  Question de confiance peut-être ?  Au bout de 5 minutes, une réponse se fait entendre, faiblement ; malgré cela, l’orignal me semble près de nous.  Dans les minutes suivantes, il émet de temps à autre un son profondément guttural mais toujours discret, ce qui m’amène à penser qu’il s’approche de nous.  En aucun moment mon père ne laisse échapper de  » call  » ; son expérience lui a appris que dans une telle situation, mieux vaut s’abstenir afin de ne pas éveiller la méfiance de ces animaux.

 » Vers 6h25 – je me rappelle avoir regardé ma montre juste avant – l’orignal apparaît soudainement, sans avoir fait le moindre bruit. Il s’arrête immédiatement, semblant hésiter à s’engager dans la petite clairière devant nous.  Je ne lui voit que la tête et le cou… mais quelle tête !!!  Mon cœur bat à tout rompre.  Au bout de quelques très longues secondes, l’orignal avance de quelques pas et s’arrête.  Il se trouve a environ 60 pieds (18 mètres), est placé de côté par rapport à ma position et il me dévoile sa zone vitale.  Afin de mieux concentrer, je me fixe intensément un point légèrement derrière l’épaule, là où se trouvent les poumons, et je décoche.  Ma flèche, propulsée par les 70 lbs (32 kg) de pression de mon arc, file à vive allure et atteint le point visé.  L’énorme bête fait un bond prodigieux et disparaît dans les sapins et les aulnes, tout en faisant tomber des masses de neige avec son énorme panache.

 » Je suis sûr de l’avoir atteint dans la zone vitale, ce que confirment mes compagnons.  Nous attendons avant de nous lancer à sa poursuite.  Nous rions verveusement.  Mon père et Gérard Émond me disent que l’orignal porte un gros panache.  À vrai dire, je ne m’en souviens que vaguement ; ma première préoccupation est de trouver l’animal.  Au bout d’une dizaine de minutes, nous nous enfonçons lentement dans la forêt.  C’est une tâche relativement simple que de suivre la trace de l’orignal en raison de la neige qui recouvre le sol. Nous le retrouvons bien mort, à environ 500 pieds (150 mètres) de l’Endroit où il a été tiré.  Compte tenu de la vitesse à laquelle il a parcouru ce trajet, quelques secondes ont suffit pour qu’il passe de vie à trépas.

QUI EST CHARLES ROY ?

Au moment où il a abattu son orignal, Charles Roy chassait à l’arc depuis deux ans, mais son expérience globale de la chasse est beaucoup plus considérable.  Dès sa tendre enfance, il parcourt les forêts gaspésiennes. C’est là qu’il a fait ses classes, aidé bien sûr de son père et des quelques membres de la famille, pour qui la chasse est une passion,  Au cours de ses deux premières saisons de chasse à l’arc, Charles a l’occasion de rencontrer des chasseurs à l’arc expérimentés venus d’un peu partout au Québec et aux Etats-Unis afin de se mesurer aux orignaux du Faribault, pays des Géants.  Avec eux, il a rapidement gravi les échelons de cette exigeante activité cynégétique.

DEUX ANNÉES PLUS TARD

Quand ils ne sont pas occupés à travailler à la pourvoirie, Roch Roy et son fils Charles passent de longues heures à feuilleter des magasines et des livres traitant de la chasse. Au cours de l’hiver 1990-1991, l’attention de Roch est attirée par un texte faisant état des différents records du monde reconnus par  » Pope and Young « .  L’idée leur vient alors de faire mesurer, par un représentant de cet organisme, le gros panache qu’a récolté Charles à l’automne de 1988.  À ce moment-là, leur unique motivation était de connaître le score que pouvait obtenir ce gros panache ; tout au plus espéraient-ils qu’il puisse atteindre le score minimum.  D’ailleurs, Charles et Roch se rappelaient que des amis, qui avaient déjà vu des panaches de type  » trophée  » leur avaient proposé de prendre contact avec  » Pope and Young « .

Après quelques coups de téléphone, Roch déniche un des rares Québécois reconnus comme mesureur officiel de  » Pope and Young « . Le 25 février 1991, Michel Jérôme, de La Sarre en Abitibi, se trouve à Cap-Chat.  Il met plus de deux heures à prendre soigneusement les mesures du grand panache, en respectant les règles et normes qui définissent cette activité.  Sur ce point, Michel Jérôme me confiait dernièrement :  » Ce n’est qu’a la suite de nombreuses heures de cours que l’on est reconnu mesureur officiel.  Mon cours a été dispensé par  » Boone and Crockett « , un organisme international qui gère la liste des records de nombreux gibiers.  En devenant mesureur officiel de  » Boone and Crockett « , je le devenais automatiquement pour  » Pope and Young « .

UN MOT SUR LE POPE AND YOUNG CLUB.

Avant de poursuivre plus loin, laissez moi, pour le bénifice des lecteurs qui ne la connaissent pas, présenter l’organisme  » Pope and Young « .  Les activités de ce club ont débuté en 1957 aux Etats-Unis.  Il n’était alors qu’une division du  » National Field Archery Association’s Hunting Activities Committee « .  Mais en 1963,  » Pope and Young  » devient une organisation indépendante.  Le nom de cette association est formé à partir des noms de deux chasseurs à l’arc américains qui se sont illustré au début des années 1900 et qui sont considérés comme les pionniers de ce sport en Amérique. Il s’agit du docteur Saxton Pope et de son compagnon, Arthur Young.  Ensemble, ces deux passionnés de l’arme primitive ont publié de nombreux ouvrage traitant de la chasse à l’arc.  Saxton Pope eut l’occasion unique d’apprendre les secrets de la chasse à l’arc en côtoyant un Autochtone du nom de Ishi, passé maître dans cet art.  D’ailleurs, le  » Pope and Young Club  » décerne de temps à autre le trophée ISHI pour couronner les réalisations exceptionnelles de certains archers.

Le mandat de  » Pope and Young  » est de promouvoir la chasse à l’arc et la conservation de la faune et d’éduquer le public.  L’une des activités de  » Pope and Young  » lui a valu une notoriété mondiale : il s’agit de la gestion de la liste des records de gros gibiers récoltés avec arc et flèches sur le continent nord-américain.  Cela nécessite une organisation sans faille qui s’occupe, entre autres, de l’établissement et de la mise à jour des règles, du recrutement et de la formation des mesureurs officiels, de l’organisation d’un spectacle bisannuel au cours duquel on officialise l’inscription des records et la publications des résultats.  Le sérieux de cette organisation explique pourquoi elle jouit actuellement d’une si grande notoriété.  Les locaux administratifs de  » Pope and Young  » sont situés à Chatfield, au Minnesota.

LA RECONNAISSANCE OFFICIELLE DU RECORD MONDIAL

Selon les règlements de  » Pope and Young « , on distingue trois sous-espèces d’orignaux aux fins d’inscription d’un panache : il y a l’orignal de l’Alaska, l’orignal du Canada et l’orignal Shiras.  Le panache présenté par Charles Roy entre dans la catégorie  » orignal du Canada « .

À tous les deux ans, un congrès se tient dans le but d’exposer les trophées soumis par des chasseurs du monde entier ayant arpenté l’Amérique à la recherche du gibier convoité.  En même temps, comme je le soulignais plus tôt, une cérémonie homologue les trophées.  Pour ce faire, une séance de mesurage officiel a lieu à laquelle a participé, en mai 1993, un groupe de 23 juges.  Deux équipes de juges effectuent les mesures doivent en arriver à un consensus sur le résultat final.  Les scores résultant du mesurage officiel du panache présenté par Charles Roy a atteint 221 1/8, soit quelques points de plus que le mesurage initial réalisé par Michel Jérôme.  Là-dessus, ce dernier me confiait :  » Le résultat ne me surprend pas ; on nous recommande d’être toujours conservateur lors d’un premier mesurage.  »  Rappelons que le record précédant était de 201 ½ points.

Mais Roch et Charles Roy ont eu la frousse.  Quelques mois avant la tenue du spectacle de Minneapolis ils ont appris qu’un immense panache d’un orignal du Canada avait été soumis à ce concours.  La mesure initiale le plaçait loin devant le record précédent, tout comme celui de Charles Roy.  Qui plus est, le chasseur ayant abattu cette bête opérait un important commerce relié à la chasse à l’arc aux Etats-Unis.  Inutile de dire que les Roy on craint que des  » jeux de coulisse  » ne fassent en sorte que ce trophé soit homologué record du monde.  Charles et Roch se sentaient à la fois  » petits  » et impuissants face à cette situation.  La suite a évidemment démontré que ces inquiétudes n’étaient pas fondées : le panache de cet américain affichait un score de 214 3/8. Moraliste, Roch Roy voit là une démonstration non équivoque du sérieux de l’organisation responsable du concours.  D’ailleurs, les Roy tiennent à souligner le professionnalisme dont ont fait preuve les différents interlocuteurs du  » Pope and Young « , et particulièrement M. Glenn E. Hisey, secrétaire exécutif de l’organisation.

UN HONNEUR NE VIENT JAMAIS SEUL …

Un autre honneur attendait Charles Roy au cours de la cérémonie.  On a décerné à son représentant, car Charles n’a pu se rendre à Minneapolis, le très prestigieux trophée ISHI.  Comme le mentionne Glenn E. Hisey dans une lettre accompagnant l’envoi de ce prix :  » La remise occasionnelle du trophé ISHI est la plus haute distinction accordée à un archer ayant récolté un gros gibier.  Ce trophé veut souligner un exploit hors du commun accompli par un archer.  Le nom de ce trophée rappelle à notre mémoire ISHI, le dernier survivant de la tribu Yana.

Un comité des membres de l’exécutif de  » Pope and Young  » a décidé de remettre ce prix au Québécois en raison des dimensions impressionnantes de son panache par rapport au record précédent preuve d’un exploit hors du commun.  Tout au long de sa trentaine d’année d’existence,  » Pope and Young  » n’a décerné le prix ISHI que 13 fois.

QUELQUES DONNÉES INTÉRESSANTES

Pour vous donner une idée de la dimension du panache récolté par Charles Roy, il atteint 66 1/18 pouces (169 cm) dans sa partie la plus large.  Mais contrairement à la croyance populaire, la largeur n’est un des éléments qui entrent en ligne de compte pour établir le score total.  Les autres éléments sont : le nombre de pointes anormales sur chaque côté du panache (celui de Charles Roy n’en comptait aucune), le nombre de pointes normales, la largeur des palettes, la longueur de chaque palette et la plus petite circonférence des merrains (mesuré de chaque coté de la tête). Une sommation de la mesure (en pouces, sauf pour le nombre de pointes) de chacun de ces éléments donne un résultat préliminaire.  Mais comme la qualité première d’un panache de type trophée est sa symétrie, les règles de mesure prévoient que des points de pénalité viennent réduire le résultat initial pour chacun des éléments asymétriques.  Par exemple, si la longueur de la palette droite est de 38 ¼ pouces (98 cm) et que celle de la palette gauche est de 41 pouces (110 cm), l’écart de 2 ¾ pouces (6,9 cm) traduit une asymétrie qui entraîne une pénalité.

Enfin, soulignons, pour les intéressés, que Charles Roy a abattu cet énorme orignal en utilisant comme équipement un arc a poulies de marque Hoyt, des flèches Easton en aluminium (XX75 – 2216) et des pointes Rocky Mountain de 130 grains

DES HONNEURS QUI REJAILLISSENT SUR LE QUÉBEC

La considération de ce panache comme record mondial rejaillira sans aucun doute sur le Québec tout entier.  Il est permis de penser que le Québec, plus particulièrement la Gaspésie seront reconnus auprès des chasseurs de trophées du monde entier comme des territoires pouvant receler d’autres orignaux ornés de  » coiffure  » dignes d’un record mondial.  Chose certaine, des archers d’expériences ont affirmé avoir vu des  » géants  » se balader dans les forêts du bloc Faribault. Il y a quelques années,  ’ai moi-même fait face à un de ces géants ; je n’oublierai jamais l’impressionnant panache qu’il portait.

Il y a fort a parier que les impacts ne tarderont pas à se faire sentir.  Au congrès de Minneapolis, des journalistes œuvrant pour des magazines de chasse réputés en Amérique ont déjà fait part de leur intention d’écrire un article dur cet événement.  Cela se traduira sans aucun doute par un rapport additionnel de devises canadiennes et étrangères en raison d’une demande accrue pour la chasse à l’orignal, et ce, pendant de nombreuses années.  J’ai pour témoin le cas de la Saskatchewan, dont une région est renommée pour produire des cerfs de Virginie de grande taille arborant des panaches géants.  Plusieurs records  » Boone and Crockett  » ont été récoltés dans cette région.  Chaque saison, de nombreux chasseurs y dépensent beaucoup d’argent pour tenter leur chance de prendre le trophée de leur vie.

La communauté des chasseurs Québécois a raison d’être fière de l’exploit de Charles Roy.  Son nom figure maintenant dans le livre officiel des records à côté d’autres chasseurs émérites.  Nous lui offrons nos plus sincères félicitations !